Portrait

« Ouvrir la voie à d’autres
militaires blessés »

Kévin Lefèvre, 25 ans, est en stage à la direction des Espaces verts et de l’Environnement en vue d’une reconversion professionnelle. Blessé en opération, ce militaire a vu ses rêves se stopper net. Grâce à un partenariat noué entre la Ville et la Cellule d’aide aux blessés de l’armée de Terre (CABAT), une nouvelle carrière de jardinier s’ouvre à lui.

C’est dans le cadre magnifique du Parc Floral de Paris que nous avons rendez-vous avec Kévin Lefèvre. Il nous raconte son parcours, tout en pudeur et en retenue, comme il se doit quand on a embrassé une carrière militaire. Il est l’un des tout premiers à bénéficier du partenariat entre la Ville et la CABAT. Rattachée au ministère des Armées, cette cellule créée en 1993 apporte un soutien et un accompagnement aux soldats blessés en opération. Au programme : des conseils, un suivi administratif, juridique, social et de reconstruction. Sans oublier une aide pour une réinsertion dans l’institution militaire ou une reconversion dans le civil. C’est le cas pour Kévin Lefèvre qui est en passe de devenir agent de la Ville. Même si l’armée restera à jamais dans son cœur, sa motivation pour rebondir est impressionnante.

Armée

Je me suis engagé dans l’armée de Terre en 2011. J’avais alors 18 ans. C’est un milieu que je connaissais à travers plusieurs membres de ma famille, militaires de carrière, et que j’ai toujours voulu intégrer. Même si mes résultats scolaires étaient bons et que j’aurais pu poursuivre des études supérieures, je ne voulais pas d’une vie monotone. J’avais le goût de l’aventure et je souhaitais m’investir dans la défense de mon pays. J’ai donc suivi une formation pour intégrer en tant que première classe le corps militaire que j’avais choisi. Puis je suis parti à l’étranger plusieurs mois pour des opérations. En 2013, j’ai été blessé au cours de l’une d’elles.

CABAT

J’ai conservé mon statut de militaire pendant mes soins destinés à me reconstruire physiquement et psychologiquement et j’ai été pris en charge par la CABAT. Son soutien est vital dans ces moments extrêmement difficiles et le terme de frères d’armes prend là tout son sens.

Je savoure la chance que j’ai de découvrir autre chose.

La cellule m’aide à envisager une nouvelle vie, car lorsque j’ai su que je ne pourrai plus exercer mon métier, tout s’est effondré. Grâce à la reconstruction par le sport qu’elle propose, j’ai suivi des stages avec d’autres militaires blessés. Une fois que les médecins m’ont donné leur accord pour envisager une reconversion professionnelle, j’en ai parlé avec la cellule.

Reconversion

J’avais envie de travailler en extérieur au contact de la nature, sur des tâches de jardinage. Quand on est militaire, on vit beaucoup dehors. La nature nous nourrit, nous camoufle, on la respecte car on connaît ses bienfaits. La cellule a cherché un poste adapté à ma situation et à mes souhaits. Elle m’a proposé un stage de six mois à la Mairie de Paris pour essayer trois spécialités : jardinier, cantonnier et forestier.

Mairie de Paris

J’ai été accueilli sur les sites du Parc Floral et du bois de Vincennes. Dans chacune des trois équipes, j’ai bénéficié de l’accompagnement d’un tuteur, même si tous les agents ont répondu à mes questions pour m’aider à exercer au mieux mes nouvelles missions. Ils m’ont tout de suite bien intégré. Après avoir essayé chaque spécialité pendant deux mois, j’ai choisi de poursuivre dans le jardinage au Parc Floral, qui est l’activité la plus adaptée pour moi, dans un environnement calme. Mon stage a été prolongé de trois mois auprès des jardiniers. Je suis motivé pour apprendre et effectuer les mêmes tâches qu’eux. Mon objectif est de tout donner pour apporter quelque chose à la Mairie et servir d’exemple pour ouvrir la voie à d’autres militaires blessés suivis par la cellule.

Avenir

Je veux repartir de zéro, retrouver une vie avec un rythme, refaire du sport… Tout se remet en place grâce à l’accompagnement par la cellule et à cette opportunité d’être en immersion à la Mairie où j’envisage de rester. Je serai toujours fier de mon parcours militaire, mais je savoure maintenant la chance que j’ai de découvrir autre chose.