Grand angle

ESPCI Paris :
l’école des Nobels

Savez-vous que c’est au cœur des laboratoires de l’ESPCI que les travaux sur la radioactivité ont débuté ? Que le tube néon, le sonar, la boîte noire, ou encore la box Internet ont vu le jour ? Que 70 % des biopsies du foie sont évitées grâce à la découverte d’un de ses chercheurs ? Première école d’ingénieurs française dans le classement de Shanghai, ­l’ESPCI recrute chaque année 90 élèves parmi les meilleurs sur le concours le plus sélectif de France. Situé au croisement entre physique, chimie et biologie, son enseignement se veut interdisciplinaire afin d’assurer aux élèves une formation solide et unique. L’ESPCI est un bijou scientifique ayant embauché des Nobels qui étaient des agents de la Ville de Paris. Il faut savoir que c’est la seule collectivité en France qui recrute des chercheurs. Le radium a ainsi été découvert dans un petit grenier mis à la disposition de Pierre et Marie Curie pour leurs travaux. Les découvertes majeures se sont passées dans l’école. La recette : des recherches d’excellence, l’innovation avec un incubateur au sein de l’école et la formation par la recherche.

Situé au cœur du 5e arrondissement, rue Vauquelin, son campus va être totalement reconstruit d’ici à 2024. Les travaux sont réalisés grâce à un financement quasi intégral par la Ville qui fait un effort sans précédent de 176 millions d’euros pour permettre à l’école d’avoir un avenir au cœur de Paris. L’ESPCI, qui est devenue un établissement autonome en 2007, doit son excellence à la tutelle de la Ville de Paris qui lui fournit les moyens et la liberté d’action. Elle alloue une dotation annuelle pour faire vivre l’établissement scientifique. Ce soutien permet aux laboratoires de financer des recherches qui aboutissent à des découvertes donnant lieu à des dépôts de brevets.

Une technologie pour l’agriculture

Au sein du laboratoire colloïdes et matériaux divisés, un procédé a été mis au point pour encapsuler des bactéries ou des micro-organismes vivants dans une coque biodégradable. « Ce cocon, qui fonctionne comme un petit œuf, les maintient en bonne santé pour les libérer dans les sols le moment venu, explique Jérôme Bibette, professeur à l’ESPCI depuis 2001. La technologie que nous avons développée il y a dix ans est déjà utilisée, notamment en cosmétologie, et va maintenant pouvoir s’appliquer à l’agriculture pour remplacer l’utilisation de produits chimiques par des produits biologiques. Elle servira pour la fertilisation des sols et les traitements phytosanitaires. » Pour produire à grande échelle et passer du prototype à une diffusion mondiale, Jérôme Bibette a fondé avec d’autres chercheurs la start-up Kapsera, incubée à l’ESPCI. Dans un premier temps, une coopération scientifique va démarrer avec le centre de production horticole de Rungis (direction des Espaces verts et de l’Environnement). « Nous allons proposer des prototypes sur de la fertilisation avec des bactéries qui stimulent la croissance des plantes. Le centre, qui passe à une fertilisation 100 % sans engrais au 1er janvier 2019, est idéal pour valider les produits », précise Antoine Drevelle, CEO et fondateur de Kapsera.

Les plastiques de demain

Renaud Nicolaÿ, professeur à l’ESPCI, travaille quant à lui au laboratoire matière molle et chimie sur les plastiques de demain : les vitrimères. Ces matériaux révolutionnaires ont été inventés par le laboratoire en 2011. Ils améliorent la résistance et l’aptitude au recyclage des matières plastiques et pourraient permettre un recyclage sans tri sélectif. Fallait-il encore pouvoir les adapter aux exigences de production de l’industrie. Six ans plus tard, l’équipe a découvert une réaction chimique inédite qui transforme les plastiques de tous les jours en vitrimères en utilisant la chaîne de production traditionnelle. « Nous démarrons des collaborations pour les tester dans différents secteurs : adhésifs, canalisations… Il faudra encore 5 à 10 ans pour parfaire le matériau et voir s’il est pertinent sur le plan économique, mais aussi tester son innocuité. L’école a des liens très forts avec l’industrie qui finance les recherches de façon pérenne et permet d’être confronté à des problématiques concrètes », indique Renaud Nicolaÿ.

ZOOM

- 6 prix Nobel : Pierre et Marie Curie, Marie Curie, Frédéric Joliot-Curie, Pierre-Gilles de Gennes, Georges Charpak
- 200 agents de la Ville, dont 72 professeurs et maîtres de conférences
- 522 enseignants chercheurs répartis dans 9 unités mixtes de recherche
- 70 % des élèves poursuivent par une thèse