Regards croisés

« Le bois ne laisse pas
le droit à l’erreur. »

Adrien BacheletConducteur d’opérations, direction Constructions publiques et Architecture (DCPA)

C’est quoi le projet ?

Adrien Bachelet : Une crèche multi-accueil de 99 places sur 1 100 m2. La collectivité souhaitait un projet qui utilise des matériaux de construction peu consommateurs d’eau, tel que le bois, et préfabriqués en usine pour minimiser les nuisances de chantier pour les logements alentour. L’ancienne crèche Bourdan de 55 places n’était pas adaptée à ce type de programme. Plutôt que de l’agrandir, il a donc été décidé de la déconstruire pour s’implanter sur la totalité de la parcelle, en préservant un maximum d’arbres existants. Lancé en 2015, c’est le premier projet de mandature de la sorte. La livraison de cet établissement est prévue pour décembre.

En quoi est-il innovant ?

A. B. : C’est un bâtiment conçu majoritairement en bois, à l’exception du rez-de-chaussée en béton préfabriqué car il est semi-enterré. L’avantage du bois dans les constructions est de piéger le CO2 et de permettre un assemblage rapide des pièces fabriquées en usine, à l’instar d’un jeu de Kapla. Il comporte un toit végétalisé composé de végétaux mêlant différentes essences locales pour favoriser la biodiversité. Nous avions aussi un objectif fort de réemploi auquel nous avons répondu en utilisant un isolant biosourcé en fibre de coton recyclé provenant essentiellement de jeans, qui est fabriqué dans une usine d’insertion sociale. Il fallait aussi trouver des pistes pour avoir de l’énergie verte. La récupération de la chaleur des eaux usées de la crèche, notamment des deux machines à laver qui tournent en continu, permettra de préchauffer l’eau en partie.

Ça change quoi pour les équipes ?

A. B. : Cela demande une très bonne synergie entre l’architecte et son bureau d’études, beaucoup de fabrication en usine et une grande anticipation en amont avant usinage des éléments. À la différence du béton où il est toujours possible de rectifier sur le chantier, un matériau comme le bois ne laisse pas le droit à l’erreur. Il faut donc un modèle d’études très précis sur les réseaux, la structure, les menuiseries.

Nous avions demandé une modélisation informatique du bâtiment en 3D pour avoir les bonnes cotes afin d’éviter les erreurs, qui nous sert aussi pour les contrôles sur le terrain. Une autre nouveauté pour la direction a été de donner aux entreprises des objectifs de valorisation des déchets de déconstruction de l’ancienne crèche. Nous visions 80 %. À la fin de l’opération, plus de 97 % des déchets ont été valorisés.