L'invité(e)

«  Produire du bio
en souterrain à Paris »

Théo Champagnat, cofondateur de Cycloponics et lauréat des deux saisons de Parisculteurs, s’apprête grâce à cet appel à projets lancé par la Mairie de Paris à installer sa deuxième ferme urbaine souterraine dans la capitale. Endives et champignons poussent désormais sur d’anciens emplacements de voiture. Une première.

Comment êtes-vous devenu agriculteur urbain ?

J’ai une formation de cuisinier ainsi qu’en agronomie et j’avais très envie de monter un projet dans le domaine de l’agriculture urbaine, mais je n’avais pas de lieu pour me lancer. C’est en visitant des sites mis à disposition dans le cadre de Parisculteurs que j’ai trouvé le parking Raymond-Queneau (18e). Il était laissé à l’abandon en raison d’une désaffection pour la voiture et le bailleur social ICF Habitat La Sablière souhaitait y accueillir un projet d’agriculture urbaine qui intégrerait les habitants. J’ai rencontré à cette occasion mon associé, Jean-Noël Gertz, qui démarrait une production dans un ancien bunker à Strasbourg. Nous avons décidé de transformer ensemble cet espace de 3 500 mètres carrés et nous avons monté notre start-up Cycloponics.

C’est quoi La Caverne ?

C’est la première ferme urbaine certifiée bio de Paris qui est implantée dans un ancien parking souterrain réhabilité. Il nous a fallu près d’un an de démarches et d’aménagements avant de démarrer la production en octobre 2017. Nous y cultivons environ une tonne d’endives par semaine et 500 kg de champignons shiitakés et pleurotes, ainsi que des jeunes pousses de légumes. Ce sont des produits sans engrais, ni pesticides, dont la culture est peu consommatrice d’énergie. Les endives poussent dans le noir dans des bacs remplis d’eau du robinet, les champignons qui ont besoin de peu de lumière dans de la paille séchée, les jeunes poussent sous des LED. Nous avons dû amener le bon taux d’humidité, de ventilation et de CO2, mais aussi aménager un lieu de vie et une chambre froide qui provient de la récup’. Par ailleurs, nous essayons d’avoir un impact positif sur le quartier. Cela se traduit par la création d’emplois, une douzaine en pleine saison dont deux occupés par des habitants, puis quatre à cinq pendant l’été. Et nous organisons des visites de la ferme.

À qui sont vendues les productions ?

Aux épiceries bio du quartier et du nord de Paris, à des restaurants ainsi qu’à des Amap (ndlr : associations pour le maintien d’une agriculture paysanne). Environ toutes les deux semaines, la surproduction est distribuée aux habitants de l’immeuble. Nous préparons alors des paniers pour lesquels nous laissons le prix libre et chacun donne ce qu’il peut. Nous participons aussi à un marché de quartier une fois par mois, La bonne tambouille, à 100 mètres de La Caverne. Quant aux livraisons, elles se font à vélo pour qu’elles soient zéro carbone.

Des projets d’extension ?

Nous venons de récupérer le reste du parking, soit 4 000 mètres carrés supplémentaires qui vont nous permettre d’augmenter les productions et de cultiver notamment des champignons de Paris et des plantes aromatiques.

En quoi consiste le projet de Parisculteurs 2 ?

Une champignonnière qui sera installée dans le parking souterrain d’un immeuble HLM, la résidence Mathis, dans le 19e. La culture de champignons de Paris sous la capitale avait été arrêtée lors de la construction du métro en 1900. Elle va donc reprendre dans nos fermes. Sur les 2 000 mètres carrés, nous allons aussi produire des endives bio et une variété de salade de la famille des chicorées qui poussent dans l’obscurité totale.

En quoi est-il différent ?

Nous utiliserons un autre mode de culture, cette fois en pleine terre. Nous visons une production annuelle de 144 tonnes d’endives et de salades et 25 tonnes de champignons. Mais il faut d’abord déposer le permis de construire, négocier une convention avec le bailleur social puis recruter avant de pouvoir démarrer sans doute début 2020. Produire du bio en souterrain à Paris est un challenge. C’est très stimulant d’être les pionniers !

Mes adresses

Les Buttes-Chaumont (19e). Ce grand parc de mon quartier est idéal pour me promener. J’aime aussi flâner le long du canal de l’Ourcq et du canal Saint-Martin.
Le Point Éphémère, 200, quai de Valmy (10e). C’est un ancien magasin de matériaux de construction transformé en lieu artistique où il est possible de voir des expos, d’assister à des concerts, de boire un verre et de déjeuner ou dîner sur la terrasse.
L’Aérosol, 54, rue de l’Évangile (18e). Ce lieu éphémère dédié au street art accueille aussi un dancefloor pour patins à roulettes. Il ouvre de temps à autre en attendant un futur projet immobilier.