Passion

« J’ai décidé d’en rire
et de refaire surface »

Marion Ozbolt, 32 ans, s’est engagée dans la prévention du cancer du sein. Touchée par la maladie, elle a souhaité raconter son histoire pour aider celles qui se retrouveraient un jour dans la même situation. Elle est éducatrice de jeunes enfants à la direction des Familles et de la Petite Enfance.

C’est une jeune femme pétillante et pleine de vie qui a poussé la porte de la Rédaction de Mission Capitale. Son histoire et sa bienveillance envers les autres forcent le respect. Si elle a tenu à se dévoiler, c’est uniquement dans le but d’inciter à la vigilance ses collègues de la Ville, de leur donner un maximum d’informations sur les démarches à effectuer durant l’arrêt maladie, les différentes possibilités, l’importance d’avoir les bons interlocuteurs et aussi de rompre l’isolement. Car la maladie concerne aujourd’hui une femme sur huit, et plus rarement les hommes. Entrée à la Ville il y a seulement cinq ans, Marion Ozbolt a déjà côtoyé deux collègues atteintes par un cancer du sein. Quant à elle, elle a repris son poste après un an d’arrêt longue maladie.

Diagnostic

Je suis sensibilisée au cancer du sein depuis longtemps car ma mère en a déclaré un alors qu’elle avait 42 ans. Ce sujet a tendance à être banalisé, mais il faut savoir que parfois l’issue peut en être fatale si ce n’est pas pris à temps. C’est une maladie qui peut toucher quel que soit l’âge. J’ai déclaré la mienne à 31 ans, ce qui est jeune et qui ne jouait pas à mon avantage car la progression est plus rapide. Il est donc important de se familiariser avec l’autopalpation et de consulter en cas de doute. C’est comme cela que j’ai remarqué que j’avais une boule. La biopsie réalisée en août 2016 a confirmé le diagnostic d’un cancer très agressif. Il a fallu aller vite et j’ai démarré le protocole de soin le 13 septembre.

Soins

J’ai suivi une chimiothérapie jusqu’en février 2017, avant d’être opérée en mars. Puis j’ai eu des rayons jusqu’à fin juin et une chimiothérapie orale jusqu’en novembre. J’ai eu envie de parler de ce traitement lourd et difficile pour sensibiliser les femmes et leur dire que chaque étape est importante pour optimiser les chances de guérison. Durant mon arrêt, j’ai toujours gardé le lien avec mes collègues de la crèche qui m’ont énormément soutenue. Elles m’ont envoyé des messages et tenue informée de l’organisation de la crèche. La directrice et son adjointe m’avaient aussi assuré que ma place m’attendait. Leur soutien était important pour moi et il continue depuis mon retour car il y a certaines choses qui me sont interdites, comme porter les enfants ou des charges, que mes collègues font à ma place.

Démarches

L’aspect administratif s’est révélé être plus compliqué que je ne le pensais car je n’avais pas toutes les informations, même si mon UGD m’a bien aidée avant que le bureau des Accidents/Maladies prenne le relais. Pour obtenir un congé de maladie longue durée, mon dossier est passé devant le comité médical, ce qui impose de s’y prendre à l’avance. Deux options s’offraient à moi : un an à plein traitement puis trois ans à demi-traitement ou trois ans à plein traitement puis passage en demi-traitement, option qu’il est possible d’activer une fois dans sa carrière. Difficile de me projeter mais il m’a fallu trancher. Quant à la reprise de travail, là aussi il est nécessaire d’anticiper un nouveau passage devant le comité médical.

Reprise

En octobre 2017, j’ai repris mon poste en mi-temps thérapeutique. C’est un droit pouvant être actionné pendant un an au cours de sa carrière. Et j’attends un nouvel arrêté pour m’autoriser à reprendre à plein temps. J’ai eu besoin d’un temps d’adaptation pour me réintégrer dans l’équipe et redécouvrir les enfants. Ce n’est pas parce qu’on reprend son travail que tout va bien. Cette maladie abîme beaucoup. Je suis dans une reconstruction physique et psychologique qui fait partie de la guérison. D’ailleurs, j’ai la possibilité de rencontrer un psychologue de la Ville sur mon temps de travail. C’est bon à savoir.

Engagement

Via les réseaux sociaux, j’ai pu rencontrer des filles de mon âge dans toute la France atteintes comme moi par ce cancer. Il existe une réelle solidarité et je participe avec elles à différentes actions. Par le biais d’une association à Créteil, j’ai appris la couture pour fabriquer des turbans et de la lingerie adaptée. J’ai aussi participé en septembre dernier à la course La Parisienne, mobilisée pour la lutte contre le cancer du sein et soutenue par la Mairie de Paris. J’ai également couru la course solidaire Odysséa, au profit de la même cause. Je compte poursuivre mon engagement. La maladie : j’ai décidé d’en rire et de refaire surface, tout en continuant mon combat pour me reconstruire.