L'actu de la ville

Et si une crue majeure
arrivait ?

Le point avec
Sébastien MaireHaut Responsable de la Résilience de Paris

Qu’est-ce qu’une crue majeure de la Seine ?

Une crue du type de celle de 1910 qui aura des conséquences bien plus importantes aujourd’hui sur les transports, la communication, le chauffage, l’électricité, l’approvisionnement et sur l’économie de la région comme du pays. Même les personnes qui ne se trouvent pas en zone inondable seront directement impactées. Il faudra 30 milliards d’euros pour tout reconstruire et faire repartir le territoire qui n’est actuellement pas assez préparé. La responsabilité de la prévention du risque et de la gestion de crise relève d’abord de l’État et la Ville participe en tant qu’acteur.

Comment préparer le public ?

En informant et en formant les habitants et les entreprises. Une expérimentation a débuté dans le 10e avec la formation d’habitants face à différents types de risques, dont la crue. L’objectif est que ces ambassadeurs connaissent les risques sur leur quartier, les bons comportements à adopter et qu’ils forment à leur tour leur entourage. Une autre action concerne la mise en place de classes d’eau pour développer une culture du fleuve chez tous les élèves parisiens. Une visite des Grands lacs de Seine pendant leur scolarité doit par exemple permettre aux enfants de comprendre le fonctionnement du fleuve et sa vulnérabilité. Une grande communication tous les deux ans sur le risque d’une crue est aussi envisagée.

Et les agents ?

Les 5 000 encadrants vont être formés à la résilience et à la prévention des risques. Toutes les directions sont sollicitées pour finaliser leur plan de protection contre l’inondation qui concerne leurs bâtiments situés en zone inondable, et leur plan de continuité d’activité. Par ailleurs, la réserve solidaire, mobilisable en cas de crise, doit être élargie aux agents en activité, sur la base du volontariat, et renforcée dans ses missions.

Comment préparer la ville ?

En changeant la façon dont on l’aménage et la construit, avec une logique pour se préparer à faire avec l’inondation majeure plutôt que de continuer à croire qu’on pourra l’empêcher. Il faut sécuriser les réseaux qui sont dans les sous-sols et construire autrement, par exemple en positionnant les installations techniques des immeubles en étage, en favorisant par l’implémentation des bâtiments l’écoulement des eaux, en créant des cheminements piétons surélevés permettant d’accéder aux logements, etc. Le futur aménagement de Bercy-Charenton sera l’occasion de concrétiser ces ambitions renforcées. Mais c’est aussi en pensant le risque à une autre échelle, celle du bassin versant, en nouant de nouveaux partenariats « gagnant/gagnant » avec d’autres territoires, ruraux notamment.

Comment anticiper la sortie de crise ?

En se préparant dès aujourd’hui à la reconstruction en encourageant tous les propriétaires d’infrastructures critiques à réaliser les études nécessaires avant la crise pour avoir, prête à l’emploi, la capacité de reconstruire vite, mais surtout différemment pour réduire le risque face à cette crue qui se produira encore. Si on ne l’anticipe pas, on reconstruira dans l’urgence notre vulnérabilité, soit l’inverse d’une vision résiliente qui considère qu’on doit apprendre de la crise pour en sortir plus fort.