Reportage

La biodiversité gagne
du terrain

Chouettes hulottes, renards, hérons, chauves-souris, anguilles, mais aussi orchidées ou encore fougères, près de 2 000 espèces animales et végétales ont été observées à Paris ces dernières années. Un important effort est engagé en faveur de la biodiversité.

Un renardeau dort paisiblement sur un coin d’herbe. Nous ne sommes pas dans un parc animalier mais au cimetière parisien de Thiais, aux portes de Paris. Ses cent hectares ménagent de beaux espaces de liberté pour la faune sauvage. Au cimetière de Bagneux, des écureuils roux et plus de 35 espèces d’oiseaux se sont installés. Dans celui situé à Saint-Ouen, il n’est pas surprenant de croiser des hérissons ou des fouines…

La faune et la flore sont aussi de plus en plus présentes dans Paris intra-muros. Plus de 56 espèces d’oiseaux nichent dans la capitale et elles sont au moins 70 en comptant celles vivant dans les bois de Vincennes et de Boulogne. Le héron cendré s’est ainsi parfaitement adapté au milieu urbain et il est possible d’en rencontrer dans les parcs Montsouris et de Bercy. Bien que plus fréquents dans les bois, trois ou quatre couples de chouettes hulottes sont visibles dans certains jardins. Les chauves-souris qui logent sur la Petite Ceinture viennent de faire l’objet d’un très important travail d’inventaire par l’Agence d’écologie urbaine, en liaison avec l’Office national des forêts. Un inventaire des espèces animales dans les cimetières parisiens a également été réalisé.

Un nouveau Plan Biodiversité

La démarche pour un entretien écologique, engagée depuis plusieurs années par la Ville de Paris dans les jardins, les parcs, les bois, et plus récemment dans les cimetières, n’est pas étrangère au retour de ces espèces. Le Plan Biodiversité 2011-2015 y participe. Au printemps dernier, il a fait l’objet d’un bilan avant de lancer l’élaboration d’un nouveau plan via une démarche participative avec les Parisiens.

L’objectif est de renforcer la place de la nature d’ici à 2020 en tenant compte des évolutions réglementaires comme le nouveau Plan local d’urbanisme ou la nouvelle loi Biodiversité. Le futur plan prévu pour le premier trimestre 2017 s’articulera autour de quatre thématiques d’actions consistant à impliquer et mobiliser tous les acteurs autour de la biodiversité, à accorder plus de place à la biodiversité dans la ville, à appliquer des modes de gestion favorables aux habitats et aux espèces et, enfin, à placer la biodiversité au cœur de l’action publique.

Lire l’interview de Frédérice Fougea, réalisateur du documentaire La Plus Belle Ville du monde.

La faune et la flore du cimetière de Thiais, photographiées par Franck Bohain

 

Zoom

« Différentes actions pour favoriser cette biodiversité »

« Pivert, étourneau sansonnet, mésange, perruche à collier, épervier d’Europe ou encore faucon hobereau… Parmi les 56 espèces d’oiseaux que l’on peut voir dans le cimetière parisien d’Ivry, 34 y résident de manière régulière. Depuis 2013, un ornithologue propose une à deux sorties par mois pour venir les observer. De son côté, un bureau d’études réalise un inventaire des chauves-souris habitant dans les platanes, à l’aide de capteurs ultrasons.
C’est à l’occasion de l’une de ces sorties nocturnes auxquelles j’ai pu participer, que le 26 mai dernier j’ai entendu un cri de chouette hulotte femelle. Le 31 juillet, un agent du cimetière l’a filmée avec un mâle. Depuis, un suivi scientifique par un ingénieur expert en biodiversité et spécialiste de la hulotte a démarré. Sur ses conseils, six nichoirs, conçus par les menuisiers de la DEVE, ont été installés début novembre avec l’aide des bûcherons, à plus de 5 mètres de hauteur sur des platanes centenaires. L’ingénieur prélèvera d’éventuelles pelotes de rejection pour savoir de quoi se nourrissent les hulottes du cimetière et nous espérons y voir naître des petits.
Début 2015, sept cabanons de bois avaient été construits pour les hérissons qui s’abritent l’été dans les massifs, mais ils ne semblent pas avoir été utilisés. Nous espérons que ce sera le cas cet hiver. Les insectes et papillons, de plus en plus nombreux, font aussi l’objet d’un inventaire. Quant aux chats, la population étant passée de 8 à 25 en 2016, j’ai fait intervenir une association, notamment pour réguler les naissances. D’autres animaux, comme des renards, sont fréquemment observés.
Pour favoriser cette biodiversité, nous avons entrepris différentes actions : zéro phyto depuis 2015, végétalisation de l’ensemble des murs, cinq divisions engazonnées, création d’un columbarium végétalisé et, dernièrement, nous avons planté 60 arbres parmi lesquels plusieurs fruitiers afin d’apporter de la nourriture à nos animaux. »

Benoît Gallot, conservateur du cimetière parisien d’Ivry, direction des Espaces verts et de l’Environnement (DEVE)